Si l’art a toujours constitué le moyen de sortir de la mécanisation du quotidien, d’imaginer des lieux parfaitement autres, de confondre marge et centre, quelles pourraient être les formes de la contre-culture aujourd’hui ? À relire Henri David Thoreau, ces formes peuvent être discursives mais surtout actives. Pour réveiller l’idée et même l’envie de la contre-culture, le Centre Claude Cahun pour la photographie contemporaine à Nantes a cherché des formes qui agissent dans la société, qui s’emparent du discours non pour dire mais pour faire. Cette recherche, menée dans le cadre du partenariat entre Nantes et Hambourg, s’est opérée dans trois collections : celle de Falckenberg des Deichtorhallen, celle du Fonds Régional d'Art Contemporain des Pays de la Loire et celle du Musée d’arts de Nantes.
L’exposition s’articule autour de la photographie tout en la mettant en regard d’autres médias afin d’imaginer une véritable installation dans les différents espaces où elle se déploie. Elle a été pensée comme un manuel de survie en milieu hostile pour créer des chemins possibles dans l’art contemporain. Quatre axes de recherche structurent le parcours.
Les quatre chapitres
1. Revendiquer la multiplication du point de vue et de voix comme une nécessité. Dans ses thèses sur l’histoire, Walter Benjamin constate qu’elle est toujours celle des vainqueurs, et qu’il est nécessaire d’écrire aussi le point de vue des vaincus. À sa suite, beaucoup d’artistes proposent des œuvres offrant une vision plurielle, confrontant des lectures comme les photomontages de Martha Rosler, et remettant en cause l’écriture univoque de l’histoire par la révélation des contre-champs, comme les vidéos d’Anri Sala ou les tableaux photographiques de Sophie Riestelhubert.
2. Voir, montrer, détourner, dénoncer. Comme l’explique Karl Marx, la posture critique consiste bien souvent à faire la présentation d’une chose, personne ou situation pour que dans cette présentation même s’organise la critique. Cette idée est reprise par beaucoup d’artistes, notamment Lewis Baltz, qui travaillent l’acte critique par la présentation de faits ou d’archives. Pour Hans Peter Feldman, c’est la présentation par l’accumulation qui accuse la mécanisation et la chosification de l’homme, quand d’autres, comme Robin Collyer, choisissent de montrer pour mieux détourner et dénoncer un état de fait trop normalisé.
3. Réécrire l’histoire. Beaucoup d’artistes s’emparent de leurs disciplines comme moyen de proposer une autre histoire, celle qui se glisse juste à côté de l’histoire officielle, échappant à toute obligation politique pour se concentrer sur la mémoire latente, celle qui travaille les corps et les esprits mais qui est souvent mise de côté par la surface des faits. Ainsi, des artistes comme Walid Raad ou Jeremy Deller jouent de la fiction pour combler les lacunes d’une mémoire collective en lambeaux, ou d’autres comme Dennis Hopper ou Andrea Stappert choisissent de faire les portraits des artistes comme une mémoire officielle laissée dans l’ombre.
4. Choquer, secouer, déranger et bouger les lignes : l’absurde comme arme. Beaucoup d’artistes enfin déjouent l’incohérence du réel et d’un état de fait en créant des pièces qui dérangent le regard pour mieux dénoncer l’intolérable. Certains choisissent la provocation, comme Valie Export ou Wolfgang Tillmans, quand pour d’autres l’absurde devient une forme en soi, comme Olaf Breuning. Toutes ces œuvres sont pensées comme des actions qui engagent une révolution résolue.
Il ne s’agit plus d’un matin, mais bien de milliers de matins ouverts qui offrent la liberté d’embrasser une révolte aussi bien intime que politique. Avec Les Matins intérieurs, on espère offrir une marche expérimentale aussi belle que celle que pouvait mener Thoreau dans les forêts du Massachusetts.
Questions fréquentes
- Où se déroule l'exposition ?
- À l'Atelier de la ville de Nantes, 1 rue Chateaubriand, 44000 Nantes.
- Quelles sont les dates et horaires ?
- Du 3 décembre 2026 au 27 janvier 2027, du mercredi au dimanche, de 13h à 19h (à partir du 20 janvier, ouverture à 13h30). Fermé les lundis et mardis, ainsi que pendant les fêtes de fin d'année (du 21 décembre au 5 janvier).
- Quel est le tarif ?
- Le tarif n'est pas communiqué dans la fiche.
Renseignements
1 rue Chateaubriand 44000 Nantes, Nantes
Dates : du jeudi 3 décembre 2026 au dimanche 7 février 2027
Mis à jour le 22 août 2026