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Expositions

Dans le plus simple appareil. 200 ans de photographies de nus Art & galeries à Paris

Pour les 200 ans de la photographie, la BnF expose deux siècles de nus photographiques : de Nadar à Mapplethorpe, 200 œuvres qui racontent ce que chaque époque désire, tolère et interdit.

Le nu est l’un des sujets les plus pratiqués, les plus censurés et les plus discutés de la photographie. Presque tous les grands photographes s’y sont essayés : Félix Nadar, Man Ray, Brassaï, André Kertész, Germaine Krull, Edward Weston, Willy Ronis, Helmut Newton, Robert Mapplethorpe, Diane Arbus… À l’occasion du Bicentenaire de la photographie, la BnF propose une traversée de deux siècles à travers deux cents œuvres, des premiers daguerréotypes réalisés à Paris jusqu’aux épreuves d’aujourd’hui.

Le choc du corps réel

Dès son apparition, la photographie hérite d’une longue tradition artistique, et la bouscule. Le nu photographique n’est pas le nu peint ou sculpté : il enregistre un corps réel, identifiable, là où la peinture ne donne à voir qu’une figure idéalisée. Les daguerréotypes d’Auguste Belloc, Bruno Braquehais ou Louis Jules Duboscq, présentés au début du parcours, rendent sensible cette rupture : sous les conventions de la pose académique, le corps impose sa présence, qui résiste à toute sublimation.

Certains photographes commercialisent des images clandestinement, au risque d’être poursuivis pour outrage aux bonnes mœurs. Félix Moulin ou Auguste Belloc, dont l’exposition présente plusieurs tirages, en font l’expérience. Quelques épreuves portent encore, collées à même le tirage, les étiquettes de restriction d’exposition en vitrine. Les mêmes images circulaient comme modèles académiques pour les Beaux-Arts, et étaient achetées pour d’autres usages. La frontière a toujours été poreuse.

Quelques décennies plus tard, les conditions ont changé, sans que les résistances disparaissent. La luxueuse revue Camera Work publie dans les années 1900 des nus d’Edward Steichen, mais aussi de femmes photographes, Alice Boughton et Annie Brigman. Les livres de nus entrent dans le circuit éditorial légitime, tel Etudes de nu de Germaine Krull en 1931. En 1933, le premier salon international du nu photographique organisé à Paris par Daniel Masclet réunit notamment Man Ray, Laure Albin-Guillot, František Drtikol : le nu est reconnu comme sujet artistique à part entière. Les tabous ne s’effacent pas, ils se déplacent.

Des modèles identifiés aux corpus inédits

L’exposition suit un fil chronologique, mais s’attarde à chaque époque sur plusieurs facettes du sujet. L’une des plus décisives est celle des modèles et de leur identification : Marie-Christine Roux, figure de la bohème parisienne photographiée par Félix Moulin et par Félix Nadar ; la belle Antonia, dont le visage traverse plusieurs studios ; la trépidante Clara Ward ; Émilienne Bouillon, photographiée à l’autochrome par Robert Demachy ; Assia, muse de l’entre-deux-guerres. Pour quelques-unes de ces femmes, portraits habillés et vues nues sont présentés côte à côte, restituant une existence que l’anonymat voulu de ces images avait effacée.

Le parcours fait leur place aux photographes qui ont constitué le canon moderne du nu, Brassaï, Man Ray, Edward Weston, André Kertész, et à ceux qui ont travaillé dans leur sillage en l’infléchissant, Bill Brandt, Ralph Gibson ou John Coplans. Mais il s’ouvre aussi à des registres moins attendus : la mode et la publicité, qui ont fait du nu, notamment à travers l’objectif de Helmut Newton, un instrument de séduction commerciale ; le documentaire et les images de nudistes, où le corps désexualisé devient sujet social ; les photographies intimes, d’Henri de Toulouse-Lautrec plongeant nu dans le bassin d’Arcachon à Raoul Hausmann sur la plage, aux images secrètes que Pierre Louÿs consacre à Marie de Régnier. Une large place est faite enfin à la pratique des femmes photographes : Laure Albin-Guillot, Rogi André, Germaine Krull dans l’entre-deux-guerres ; Sarah Moon, Elizabeth Lennard et de nombreuses autres dans les décennies suivantes.

Le nu masculin traverse l’exposition comme un fil à part. Présent dès les premiers daguerréotypes, il est cependant moins sujet à l’ambiguïté que le nu féminin, produit en bien plus grand nombre. C’est à la fin du XIXe siècle, avec Wilhelm von Gloeden et Guglielmo Plüschow photographiant les jeunes hommes de Taormine, que s’affirme une érotisation assumée, encore enveloppée de références à l’Antiquité. Avec Robert Mapplethorpe, un siècle plus tard, toute médiation tombe : le nu masculin érotisé devient l’expression d’une culture gay qui se revendique et se représente.

Du daguerréotype à l’intelligence artificielle

Deux cents ans de nu en deux cents photographies : des premiers daguerréotypes jusqu’aux images générées par intelligence artificielle, des négatifs retouchés, des tirages coloriés à la main, des albums intimes, des revues de charme, des calendriers, des cartes postales. L’exposition donne à voir l’extraordinaire diversité d’objets que deux siècles de photographie ont produits autour du nu, et les publics très différents auxquels ils s’adressaient. Le daguerréotype stéréoscopique, parfois rehaussé de couleur, voisine avec les luxueuses planches de Camera Work, qui elles-mêmes côtoient les épreuves grattées et retouchées, pour effacer là la pilosité, ici resserrer la taille.

Deux siècles de photographies de nus, c’est deux siècles d’invention de dispositifs, de techniques, de procédés pour montrer et pour cacher, pour légitimer et pour subvertir. Là où les pionniers provoquaient le choc du corps réel, certains photographes d’aujourd’hui se confrontent à des corps très loin des stéréotypes de la beauté, voire fabriquent des corps qui n’ont jamais existé, et qui n’en héritent pas moins de tout ce qui précède.

L’exposition est ouverte du mardi au samedi de 10h à 19h, le dimanche de 13h à 19h. Fermeture le lundi et le 6 mai. Tarifs : 10 € en plein tarif, 8 € en tarif réduit.

Questions fréquentes

Quels sont les horaires de l'exposition ?
L'exposition est ouverte du mardi au samedi de 10h à 19h, et le dimanche de 13h à 19h. Elle est fermée le lundi et le 6 mai 2027.
Combien coûte l'entrée ?
Le plein tarif est à 10 €, le tarif réduit à 8 €. Les conditions des tarifs réduits et de gratuité sont détaillées sur le site de la BnF.
Où se déroule l'exposition ?
Elle a lieu à la Bibliothèque nationale de France, site François Mitterrand, quai François Mauriac, 75013 Paris.

Renseignements

quai françois mauriac, Paris

Dates : du mardi 6 avril 2027 au jeudi 17 juin 2027

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Mis à jour le 22 août 2026

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