Comment rendre compatible imprimerie et photographie ? C'est la question que pose l'exposition « La photographie à la conquête du livre » à l'Institut de France, du 27 septembre au 30 octobre 2027. Dès les années 1840, photographes, éditeurs, savants et artistes explorent des solutions techniques pour reproduire les images photographiques dans les livres, jusqu'alors illustrés par la gravure. Le daguerréotype, produit unitaire, doit se convertir à l'économie de l'imprimé : reproductibilité, multiplicité, articulation instantanée du texte et de l'image.
Une aventure technique et artistique
L'exposition mobilise l'exceptionnelle collection de livres illustrés par la photographie des bibliothèques Mazarine et de l'Institut, complétée par des prêts de l'Académie des sciences, de l'Académie des beaux-arts et de la bibliothèque Sainte-Geneviève. Elle rassemble une cinquantaine de pièces, de 1844 avec les Excursions daguerriennes de Noël Lerebours, jusqu'aux années 1880 et la victoire de la similigravure, qui marque la conversion de la photographie à la typographie.
Le parcours suit le fil des procédés : tirages contrecollés, gravure à l'aquatinte, photolithographie, phototypie, damasquinure héliographique, photoglyptie… jusqu'au tramage. On y croise des figures majeures : Nadar, les frères Bisson, Blanquart-Évrard, Niepce de Saint-Victor, mais aussi des éditeurs comme Baillière ou Didot, et des savants qui voient dans ces innovations un outil pour leur discipline : archéologues (Lottin de Laval, Charnay, Prisse d'Avennes), astronomes (Amédée Guillemin), médecins (Duchenne), botanistes (Émile Levier) ou zoologues (Louis Rousseau).
Quatre angles pour comprendre
Au-delà de la technique, l'exposition éclaire quatre aspects de cette histoire. D'abord, le livre illustré par la photographie légitime la photographie comme art : avec les Promenades poétiques et daguerriennes de Louis-Auguste Martin (1850), les premiers fac-similés photographiques d'estampes de Charles Blanc et des frères Bisson (Œuvre de Rembrandt, 1853-1858), ou Le Tour de Marne d'Émile de La Bédollière et Ildefonse Rousset (1865). Ensuite, le « document photographique » s'intègre aux dispositifs savants : archéologie, astronomie, sciences de la vie, médecine, avec le Cours de microscopie d'Alfred Donné (1844-1845), première publication de reproductions photomicrographiques, ou l'Album de photographie pathologique du docteur Duchenne (1862).
L'exposition montre aussi comment ces innovations gagnent la presse périodique : dès sa création en 1843, l'hebdomadaire L'Illustration publie une gravure sur bois obtenue d'après un daguerréotype. Enfin, ces efforts mobilisent la société et les pouvoirs publics : le concours fondé par le duc de Luynes en 1856 promet une récompense à qui trouvera le moyen de faire reproduire directement par l'imprimerie ou la lithographie les images photographiques.
Les livres présentés sont parfois luxueux et monumentaux, soutenus par l'État surtout à partir du Second Empire, parfois inaboutis ou mystérieux. Certains procédés, éphémères, ont été délaissés pour leur coût ou leur complexité. Mais l'ensemble illustre un mouvement qui aboutit, dans les années 1880, à la photographie tramée, imprimée en relief en même temps que le texte : la photographie entre définitivement dans la typographie.
Questions fréquentes
- Quelles sont les dates et horaires de l'exposition ?
- L'exposition se tient du 27 septembre au 30 octobre 2027, du mardi au samedi, de 10h à 18h. Elle est fermée le dimanche et le lundi.
- Où se déroule l'exposition ?
- À l'Institut de France, 23 quai de Conti, 75006 Paris.
- Combien de pièces sont exposées ?
- L'exposition rassemble une cinquantaine de pièces, issues principalement des bibliothèques Mazarine et de l'Institut, complétées par des prêts extérieurs.
Renseignements
23 quai de Conti, 75006 Paris, France, Paris
Dates : du lundi 27 septembre 2027 au samedi 4 décembre 2027
Mis à jour le 22 août 2026